SES Limoges

Désindustrialisation de la France ?

lundi 8 mars 2010 par Jean-Paul Simonnet

Sur ce thème mis sur le devant de la scène médiatique, deux billets publiés sur des blogs permettent d’y voir plus clair et d’éviter de succomber à la dépression.

Sur son blog Olivier Bouba-Olga répond dans ce billetaux propos de Nicolas Sarkozy entendus sur France Info le 4 mars 2010 que :
-* oui, les emplois industriels ont fortement baissé depuis le début des années 1980, en gros, 2 millions d’emplois en moins,

  • non, cette perte n’est pas plus forte depuis 2000 : sur l’ensemble de la période 1980-2007, c’est en moyenne 71 000 emplois par an qui ont été détruits dans l’industrie française. Sur la sous-période 2000-2007, on est descendu à 65 000 emplois par an (voir ici, page 5),
  • dès lors, s’il considère que l’association de deux faits suffit comme démonstration, c’est la proposition inverse qu’il devrait défendre : la mise en place des 35 heures a coïncidé avec un ralentissement de la désindustrialisation. Ce n’est pas de l’idéologie, ce sont des faits,
  • non, la baisse des emplois industriels n’est pas due pour l’essentiel à un déménagement de l’activité industrielle vers l’étranger, les délocalisations n’expliquant environ que 10% de la baisse.

Bouba-Olga renvoie ensuite à précédent billet il expose les raisons de la désindustrialisation à partir d’un document de travail de la DGTPE (Direction générale du Trésor et de la politique économique) sur la baisse des effectifs industriels en France sur la période 1980-2007.

Sur le blog Econoclaste, Alexandre Delaigue a rédigé un article intitulé Fetichisme industriel qui comme toujours pour ce blog, vaut le détour.
Vous pouvez aussi profiter du lien figurant dans le billet et renvoyant à Le salon de l’agriculture, un culte national un autre article pas triste.

c’est l’occasion de rappeler qu’en février 2005, Lionel Fontagné et Jean-Hervé Lorenzi ont publié pour le Conseil d’Analyse économique un rapport intitulé Désindustrialisation, délocalisations.
Voici la présentation de ce rapport :
Les auteurs s’attachent à montrer que la désindustrialisation, entendue comme une diminution de la part de l’emploi industriel, est un phénomène assez naturel, dans lequel les délocalisations n’auraient qu’une responsabilité réduite : elle s’expliquerait par des gains de productivité industriels qui restent importants (et sans doute stimulés par l’apparition de nouveaux compétiteurs au Sud) alors que l’élasticité-revenu de la demande de biens industriels est inférieure à 1. Au-delà de ces considérations, les stratégies d’entreprises fournissent aussi des explications à la localisation des unités de production. Plus qu’à une délocalisation systématique on assiste surtout à des réorganisations globales des entreprises : les activités se localisant non plus sur une base sectorielle mais en exploitant au mieux les avantages (coûts, fiscalité, proximité des marchés, etc.) constatés. La réorganisation des processus productifs a donc tendance à spécialiser « le Nord » dans les segments de la chaîne de valeur les plus intensifs en main d’œuvre qualifiée, les phases plus intensives en main d’œuvre non qualifiée étant plutôt localisées « au Sud ». D’après les études référencées dans le rapport, l’ensemble de ces effets paraît avoir un effet global sur l’emploi limité en termes macroéconomiques (qui peuvent néanmoins prendre beaucoup d’importance localement) mais, en revanche, l’impact en est clairement négatif pour les travailleurs non qualifiés.
Quels sont donc les véritables enjeux de la désindustrialisation ? Il s’agit de savoir si le système productif a modifié sa spécialisation productive et sectorielle vers les segments les plus dynamiques de la demande, si la « montée en gamme », reflet des efforts de R&D, est effective et permet de résister à la concurrence par les prix qu’imposent les pays du Sud. C’est donc bien le déclin dans les positions exportatrices françaises sur les segments géographiques ou sectoriels de la demande qui apparaît le plus préoccupant. Une constatation avérée dans le cas français qui conduit les auteurs à émettre quelques propositions de politiques économiques.


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