Réflexions - La Justice allemande et le massacre d’Oradour
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D’ici peu, une thèse devrait être soutenue sur les comportements des Allemands face au massacre d’Oradour-sur-Glane. Son auteur, l’historienne Andrea Erkenbrecher, experte auprès du parquet de Dortmund, a tenu une conférence à l’initiative du CMO et de la municipalité d’Oradour, le 1er avril. Après une introduction de Benoît Sadry, qui a récapitulé les vicissitudes de la justice en France sur ce massacre, un « crime impuni », Andrea Erkenbrecher a présenté ses recherches sur les procédures engagées et entravées outre-Rhin., sous un titre synthétique : « Omissions, non lieux et un procès exemplaire (?) »
De sa présentation détaillée et méthodique, retenons d’une part que nombreux ont été les Waffen-SS impliqués dans le massacre d’Oradour épargnés par l’hécatombe de la fin de la guerre : 69 survivants en 1945, soit près de la moitié de l’effectif, et encore 48 en 1994 étaient susceptibles de poursuites ; d’autre part, que la justice de la République fédérale a procédé à une douzaine de mises en examen, toutes closes par des non-lieux, et à deux enquêtes sans suite. Sur la dernière en date, Andrea Erkenbrecher est tenue par un devoir de réserve.
La conférencière a précisé qu’en droit allemand la distinction entre homicide et meurtre en temps de guerre est déterminante ; seul le second est imprescriptible ; la qualification (selon des critères de préméditation, de cruauté, de cupidité, de discrimination…) est difficile à établir.
A l’origine de l’impunité ainsi constatée, des omissions et des obstructions de diverses origines : de la part des autorités de la RFA, des puissances occupantes, dans un contexte de reconstruction, de guerre froide et de partition de l’Allemagne ; en RDA, le massacre a été instrumentalisé pour se démarquer de la partie occidentale ; le régime n’a ouvert qu’un procès tardif, érigé en exemple (procès Heinz Barth, 1983). Les autorités françaises ont manqué de constance dans les demandes d’extradition ; elles n’ont pas communiqué d’éléments à charge suffisants pour obtenir celle du général Lammerding, le plus haut responsable de la division Das Reich.
Au terme de son exposé, elle a exprimé le regret des occasions manquées : « Aujourd’hui on voudrait, on ne peut plus… ».
Cette intervention augure d’une étude rigoureuse et précieuse pour l’histoire du crime de guerre commis à Oradour. Dans un proche avenir, nous espérons que la thèse d’Andrea Erkenbrecher bénéficiera d’une large publicité et d’une édition française, attendue avec le plus vif intérêt.
Philippe Pommier, pour l’association Oradour. Histoire, Vigilance et Réconciliation



