"La tyrannie des Kommandanturs"

"La tyrannie des Kommandanturs"
dimanche 8 février 2004
par  Laurent Arnaud
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Cette publication intitulée "La tyrannie des Kommandanturs" comporte 16 pages numérotées, sept dessins non signés, non datés et un article du docteur J. Crinon. Le bandeau inférieur présente vraisemblablement l’éditeur : "Union des grandes associations françaises contre la propagande ennemie".Le document fut imprimé chez Lang, 60 rue de Dunkerque, Paris.

JPEGLes dessins suivants peuvent être utilisés pour illustrer l’étude du premier conflit mondial en classe de première S et notamment pour présenter l’impact de la guerre sur les mentalités.

L’Union des grandes associations françaises contre la propagande ennemie est semble-t-il une organisation qui regroupait plusieurs ligues créées dès le début du conflit mondial pour dénoncer les exactions allemandes lors de l’invasion en 1914 et pour en perpétuer le souvenir. Elle a obtenu la collaboration de certains intellectuels français, notamment Camille Jullian (1859-1933) professeur au Collège de France, élu à l’Académie française en 1924 qui écrit pour cette organisation un article intitulé : "Pourquoi l’humanité combat l’Allemagne.". De même, elle a produit des affiches de propagande, on citera celle de Maurice Neumont en 1918 "On ne passe pas !". L’Union a semble-t-elle poursuivi ses travaux jusqu’au milieu des années vingt.

La politique de cette organisation s’inscrit dans la logique de diabolisation de l’adversaire. L’invasion par l’Allemagne de la Belgique neutre et de la France en 1914 et les exactions allemandes contre les populations civiles dans les territoires occupés de ces deux Etats sont dénoncées. Cette brochure est donc un outil de propagande qui vise à montrer le nécessaire combat que doivent mener les français pour repousser la barbarie allemande.

Dans son article J. Crinon fait référence régulièrement à la lutte de la civilisation contre la barbarie, les allemands étant assimilés aux barbares :"Aux heures les plus sombres de notre civilisation on ne connut jamais de pire tyrannie", "... conceptions empruntées aux grands chefs des hordes barbares...", "tout cela n’est pas une besogne de peuple aspirant au beau renom de nation hautement civilisée.".

L’article de J. Crinon diabolise l’occupant allemand. Les dessins viennent illustrer son propos. Il passe en revue toutes les exactions faites à l’encontre des populations civiles du nord de la France et de la Belgique occupées par les troupes allemandes. Il cite des évènements sur les quatre années de guerre, ayant eu lieu à Denain, Anzin, Lille, Valenciennes, Douai etc...et des acteurs, bourreaux et victimes. Le grand nombre de faits rapportés fait qu’il nous est impossible de les vérifier. On peut douter de la véracité de certains. D’autres sont peut-être exagérés. On peut mettre en parallèle ces histoires (que les dessins ci-dessous illustrent) avec les rumeurs qui courent tant chez les français que chez les allemands dès l’invasion de 1914 : "les allemands auraient coupé les mains d’un petit enfant", "les soldats noirs de l’armée française se livreraient à des violences sur les femmes allemandes" etc...

J. Crinon dénonce particulièrement les commandants locaux des Kommandanturs et leurs subordonnés (en les nommant !) coupables du pire :

- des pillages et des réquisitions abusives pour leur enrichissement personnel, des réquisitions forcées d’hommes mais aussi de femmes employés à des travaux pénibles peu ou pas rémunérés, des pratiques vexatoires comme des visites médicales collectives et humiliantes.

- des actes barbares qui témoignent d’une grande cruauté : violences aux femmes, aux vieillards, profanation de lieux saints, meurtres.

- Des actions de "guerre économique", fruit selon l’auteur d’un plan longuement prémédité d’anéantissement complet de l’activité agricole et industrielle des régions du nord de la France. Il cite (page 12) l’exemple des centres metallurgiques de Denain et Anzin démantelés en novembre 1917.

Bien que cette brochure soit non datée, on peut penser qu’elle a été écrite dans les dernières semaines du conflit. L’auteur évoque dans la dernière page une note envoyée par le prince Max de Bade, nouveau chancelier du Reich depuis le 2 octobre 1918 au président des Etats-Unis Wilson. Entre le 4 octobre et le 27 octobre 1918, quatre notes ont été envoyées par le chancelier allemand qui ont permis le début des pourparlers d’armistice. Néanmoins, le 11 novembre n’est pas évoqué ni la victoire.

L’article se termine ainsi : "Mais voici que s’est réuni le plus auguste tribunal que jamais le monde ne connût. Il faut qu’à son banc comparaissent les auteurs de ces attentats aux droits des gens ; il faut que leur soit appliqué le châtiment que leurs crimes méritèrent." De quel tribunal s’agit-il ?

"La volonté des alliés en 1919 de rendre l’Allemagne responsable du déclenchement de la guerre, de la violation de la neutralité belge, et des "atrocités" commises lors de l’invasion n’est rien moins que l’imposition de la défaite ultime sur l’ennemi - celle d’être contraint d’accepter les valeurs morales et les vérités historiques du vainqueur. Le traité de Versailles insiste non seulement sur la responsabilité allemande pour la guerre (art. 231) mais aussi sur les poursuites judiciaires du Kaiser et des individus responsables de crimes commis pendant le conflit (art. 227-30). Ainsi, l’invasion est reformulée officiellement en termes de crimes de guerre - tendance qui date des événements eux-mêmes mais qui trouve son issue logique dans une tentative de procès seulement avec la victoire. En effet, les alliés envisagent rien moins que des tribunaux internationaux qui anticipent celui de Nuremberg." John Horne, Trinity college, Dublin, actes du colloque de Carcassonne, 2003.

On peut donc penser que cette publication alors que la victoire est aquise mais peut-être non encore signée, vise à sensibiliser l’opinion française et le gouvernement sur la nécessité d’instaurer un tribunal pour les crimes de guerre perpétrés par les allemands et d’obtenir des réparations conséquentes de l’Allemagne pour tous les torts commis. Le récit de ces atrocités vient de plus justifier l’effort surhumain qui a été demandé à la population française et prépare ainsi le travail de deuil et de mémoire qui commence dès les années vingt.

Pour ce qui regarde le jugement des criminels allemands dénoncés dans la brochure, le souhait de J. Crinon ne sera pas exaucé :"Les alliés doivent reconnaître que l’extradition des accusés de crimes de guerre pourrait susciter la guerre civile en Allemagne et ils acceptent en 1920 que la République de Weimar juge elle-même les accusés sur la base de dossiers préparés par les ministères de justice alliés, et présentés devant la cour suprême à Leipzig en 1921. Presque sans exception, les accusés sont innocentés ou reçoivent des peines légères."Ibid.

A travers ce document, on comprend que l’objectif est d’imposer aux Allemands des conditions très dures d’armistice et de paix, alors même que l’Allemagne certes acculée mais non vaincue, pouvait espérer une paix blanche. On comprend mieux de même le sens de l’affiche de Maurice Neumont, datée de 1918 sans autre précision, qui fait dire à un poilu français : "Par deux fois j’ai tenu et vaincu sur la Marne. Civil mon frère, la sournoise offensive de la "paix blanche" va t’assaillir à ton tour, comme moi, tu dois tenir et vaincre, sois fort et malin. Méfie-toi de l’hypocrisie boche."


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